Rôle sociétal d’un costume ancestral

« La robe des vues » de « La Alberca » (Salamanque, Espagne) souligne l’importance du vêtement comme moyen d’afficher la richesse familiale. Traditionnellement, la manière la plus courante de manifester la richesse était l’accumulation de bijoux ou la superposition de vêtements lors de cérémonies revêtant une importance sociale particulière. Le costume est un exemple paradigmatique de cette forme d’exposition en raison du nombre et de la richesse des pièces qui le composent et qui transforment le corps de la femme en un objet sur lequel projeter la richesse et l’honneur de la famille.

« La robe des vues » était à l’origine une robe de mariée qui au fil du temps a perdu son caractère nuptial pour devenir un vêtement de fête lié à la célébration des processions et des offrandes. Historiquement, les mariées de La Alberca étaient habillées, chaussées et peignées par d’autres femmes, dans un processus long et complexe qui se réalisait dans un certain ordre afin de ne pas endommager les vêtements. Les mariées portaient des modèles différents à chaque moment de la cérémonie de mariage. Le modèle festif utilisé aujourd’hui correspond aux vêtements que portait la mariée en sortant de l’église et se caractérisait par l’absence du serenero ou manteau de vues avec lequel elle se couvrait la tête à l’intérieur de l’église.

L’absence de sources iconographiques antérieures au XXe siècle ne permet pas de reconstituer l’évolution complète du costume des vues. Des parallèles peuvent être établis avec les modèles des femmes Maragata et Charra du milieu du XVIIIe siècle et avec les costumes dits « à l’espagnole », avec lesquels les tailles des vierges étaient habillées au XVIe siècle et caractérisées par leur silhouette en forme de sablier.
Manuel Ibañez-Fraile